L’insoutenable faillibilité de l'être

Publié le par hugambrules

Le scénario politique de la dernière décennie au Brésil est riche d’enseignement. Cette situation pose le problème de la confiance que l’on peut faire en un seul homme ou femme réputé solide.

Lors de son premier mandat présidentiel, Lula a bénéficié d’un contexte international favorable, avec notamment l’envol de la demande en matières premières ainsi que de leurs prix. C’est grâce à ce double phénomène, qu’il est parvenu à assainir les finances tout en mettant sur pied des programmes sociaux d’ampleur qui ont sorti 40 millions de Brésiliens de la misère et réduit les inégalités. La stratégie Lula résidait dans l’élargissement du marché intérieur par le biais de la redistribution de la richesse, de l’extension des droits sociaux, du développement des services publics et des travaux d’infrastructure. Profitant, au cours de cette période, d’une balance commerciale de plus en plus bénéficiaire, le Brésil a pu accroître dépenses publiques et investissements. Les couches les plus pauvres de la population ont bénéficié d’une générosité conséquente de l'État. Lula a été donc non seulement réélu mais surtout adulé par les classes populaires, mais aussi par les classes dominantes. En effet du fait de la croissance, on pouvait partager le gâteau sans toucher aux nombreux avantages du secteur dominant. Mais la crise de 2008 a changé la donne, notamment lorsque son impact sur le Brésil s’est aggravé, à partir de 2011. Le tableau s’est obscurci progressivement : baisse de la demande en matières premières, retournement de la balance commerciale, nécessité d’accroître les taux d’intérêt pour attirer les capitaux, chute de l’investissement privé, croissance en berne et plongeon des recettes fiscales.

Dans un tel contexte, Rousseff en 2011 qui lui succéda, aurait pu opter pour des réformes rompant véritablement avec le modèle économique forgé par l’ancien président néolibéral Cardoso (1995-2002). Des hausses d’impôts (sur les profits, le patrimoine, les successions, etc.) et une baisse des taux d’intérêt auraient assaini les finances fédérales et permis d’ouvrir un cycle d’industrialisation. Mais une telle politique se serait traduite par un conflit immédiat avec l’élite du pays c’est-à-dire les 20 000 familles qui détiennent 80 % des titres de la dette. La présidente a préféré faire un autre choix : trancher dans les prestations sociales (l’assurance-chômage et les pensions de réversion), réduction des dépenses et investissements publics, y compris dans les domaines de la santé et de l’éducation. Elle a par ailleurs éliminé les subventions accordées aux banques publiques, les obligeant à augmenter leurs taux et à durcir les conditions de financement, asséchant ainsi l’économie.

On aurait pu s’attendre de la part de Lula, cet ancien ouvrier métallurgiste pendant 15 ans ce qui lui vaudra de perdre l’auriculaire, qu’il soit plus virulent auprès des exploiteurs et de ceux qui n’ont comme objectif de mettre le pays sous coupe réglée. Il en est de même pour Roussef, elle qui a l’âge de 22 ans avait subi 30 jours de torture dans les geôles de la dictature brésilienne. La légende veut qu'elle ait craché au visage de ses bourreaux. Elle qui avait caché des armes et organisé des hold-up pour financer de la guérilla. On aurait pu s’attendre donc à ce qu’elle soit impitoyable envers la bourgeoisie qui était déjà aux commandes lors de la terrible dictature (1964-1985). Ces deux exemples montrent que l’homme est faillible. Pour pallier à ce problème crucial, un barbu allemand a parlé de dictature du prolétariat. D’autres de peur que le terme ne choque préfèrent parler de démocratie ouvrière.

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