Kerviel, victime ou bourreau?

Publié le par hugambrules

La cour d'appel de Paris a accepté jeudi dernier la remise en liberté sous bracelet électronique de l'ex-trader de la Société Générale. Il aura passé 150 jours derrière les barreaux.

Dans son livre Kerviel raconte que son premier gros coup se déroule en juillet 2005, lors des attentats de Londres (56 morts, 700 blessés) « Tu as quelques secondes pour anticiper la réaction des marchés. En deux heures, les positions que j’ai prises me permettent de réaliser un gain d’un demi-million d’euros. Je plane. Puis je lève les yeux sur les écrans des chaînes d’info : je vois du sang, je suis vraiment un salop. »

Plus tard en 2007 Kerviel avait pris pour plus d’un milliard d’euros de position sur les marchés en quelques heures. Les Allemands s’en alarmèrent et avaient immédiatement alerté la Société Générale. « Les traces de ces échanges entre ma hiérarchie et la bourse existent. Alors pour la SG, c’est dur à avouer. Mon histoire, ma faute, ne se résume pas à une perte d’un montant astronomique. Pour réellement la comprendre, il faudrait qu’on ose avouer sur la place publique ce à quoi on jouait vraiment avec ces milliards dans la salle des marchés d’une banque française, soutenue par l’Etat. On y jouait et j’y ai joué à spéculer sur tout, et surtout contre l’euro, donc contre l’Europe, contre mon propre pays! »

Et puis début 2008, coup de projecteur sur celui qui a voué sa vie à la finance. Kerviel prend des positions qui s’élevaient à 50 milliard d’euros soit les fonds propres de la banque. Celle-ci boucle précipitamment les contrats alors que les indices sont à la baisse et qu’ils remonteront un peu après. La banque déclare unilatéralement une perte de 5 milliards. En février 2008, Christine Lagarde en poste à Bercy toujours sensible au porte-monnaie des grands argentiers avait même accordé à la Société Générale une remise fiscale de 1,7 milliards d’euros au nom de la perte subie, du moins la perte que la banque a prétendu subir.

Si dans un premier temps, on ne peut que s’offusquer des agissements de Kerviel, dans un second temps, on ne peut que reconnaitre qu’il ne s’agit que d’une victime du système capitaliste que Kerviel a contribué à huiler. Défendre Kerviel revient à défendre le pot de terre contre le pot de fer. Défendre Kerviel revient à prendre la mesure du soutien des capitalistes envers leurs courroies de transmission une fois que celui-ci n’est plus utile. Et même s’il est allé voir le pape François Ier (qui est le parrain de la plus puissante mafia de la péninsule), on lui doit un soutien sans faille. Et je ne désespère pas de le voir sur la grande scène de la fête de l’huma pour annoncer son adhésion en direct.

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