Alternative aux barrages

Publié le par hugambrules

Sur le plan agronomique, le projet prétend permettre d’irriguer 81 exploitations agricoles de la région. Cette donnée est doublement douteuse. D’abord, parce que les riverains et les experts du ministère de l’écologie n’ont trouvé que 20 à 40 fermes susceptibles d’être concernées. Ensuite, parce que l’irrigation est essentiellement destinée au maïs (qui occupe la moitié des surfaces irriguées dans le Tarn), et que les volumes du barrage ne permettront d’irriguer que 800 hectares de maïs au maximum, soit 20 fermes si l’on suppose une moyenne de 40 ha de maïs irrigué par ferme. Sur un plan comptable, le projet revient donc à investir 8,5 millions d’euros pour 20 fermes, soit plus de 400.000 euros par agriculteur. Et encore ce calcul ne prend-il pas en compte les coûts de fonctionnement, estimés à 600.000 euros par an, soit 30.000 euros par an supplémentaire « offerts » sur fonds publics à chaque ferme concernée. La même somme investie dans la conversion à l’agriculture biologique (riche en emplois) permettrait de faire vivre des centaines de fermes et de créer considérablement plus d’activité ! Le choix politique du barrage est par conséquent totalement contraire aux attentes exprimées par la société, et représente une authentique gabegie.

En premier lieu, le changement climatique conduit le Tarn à une fragilité hydrique accrue. Au lieu d’être niée et contournée par une inflation d’infrastructures et une course en avant industrielle, cette réalité doit être assumée et abordée franchement. Les variétés végétales utilisées par les agriculteurs (par obligation légale et par pression commerciale) sont standardisées et, inévitablement, inadaptées à des situations de faiblesse hydrique. La solution ne peut pas être d’obliger le monde réel à s’adapter à ces variétés chimériques !

La seule solution agronomique sérieuse, déjà mise en œuvre par certains agriculteurs biologiques dans le Sud-Ouest, consiste au contraire à utiliser des variétés adaptées au milieu et capables d’évoluer en même temps que lui. J’insiste une fois de plus sur le fait qu’une plante doit coévoluer avec son environnement au lieu d’être conçue à distance. Des variétés évolutives conduisent à ressemer les grains issus des épis les mieux adaptés aux nouvelles conditions climatiques, et permettent par conséquent de se passer d’irrigation. Oui, n’en déplaise à certains agronomes, il est parfaitement possible de faire évoluer des variétés, y compris en maïs, capables de résister à la sécheresse. Les maïsiculteurs d’AgroBioPérigord en ont fait la preuve depuis plusieurs années, avec leurs variétés « populations » de maïs, qui obtiennent sans irrigation des rendements et des résultats techniques extrêmement satisfaisants.

Plus globalement et plus fondamentalement, l’agriculture doit réapprendre à valoriser les capacités du sol au lieu de le détruire. Le Rodale Institute a démontré que les sols conduits en agriculture biologique résistent considérablement mieux à la sécheresse que les sols conventionnels. Pourquoi ? D’abord parce que les terres conduites en bio alternent des cultures variées, voient leur fertilité assurée par des amendements organiques, et sont moins retournées. Cela les amène à être de deux à dix fois plus riches en matière organique, et à avoir une structure bien meilleure. Or ces deux facteurs permettent aux sols d’être des éponges, c’est-à-dire de capter l’eau lorsqu’elle tombe (sans la laisser ruisseler et provoquer par ailleurs des inondations) et de la restituer aux plantes lorsqu’elles en ont besoin. Ensuite parce que les agriculteurs bio ne laissent pas des sols rester « nus » en hiver et limitent donc les pertes d’eau. Enfin, parce que l’absence de recours aux fongicides permet le développement d’un mycorhize dense.

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