Des héros ordinaires

Publié le par hugambrules

~~Né en 1927, maquisard à 16 ans, Henri Martin (qui est mort ces jours ci) s’était engagé dans la marine en 1945, avec la volonté de poursuivre la lutte antifasciste en Indochine, cette fois contre les Japonais. Mais, entre sa date d’engagement et son arrivée sur place, la situation avait radicalement changé. C’est au Viet-minh, un mouvement qu’il assimile vite aux résistants français, qu’il se heurte. Il demande en vain la résiliation de son contrat. De retour en France, fin 1947, affecté à l’arsenal militaire de Toulon, il mène une lutte politique à l’intérieur de l’armée, forme autour de lui une petite équipe qui partage ses convictions : inscriptions à la peinture et distributions de tracts se succèdent. Une enquête est menée, qui aboutit à diverses arrestations, dont celle d’Henri Martin en mars 1950, qui apparaît vite comme le principal animateur du groupe. Le verdict, inique, tombe : pour une protestation pacifique, politique, Henri Martin est condamné à cinq ans de réclusion et à la dégradation militaire. Durant trois ans de nombreuses manifestations protestataires s’en suivent à tel point que son cas était devenu gênant. Le président Auriol se décida alors à signer un décret de grâce, deux années avant le terme de sa peine. Une fois libre il va poursuivre ce combat, jusqu’à la victoire du Vietnam contre le colonialisme français. En 1956, c’est avec Raymonde Dien (elle aussi condamné à un an de prison pour s’être allongée devant un train chargé d’arme en direction d’Indochine) qu’ils ont été reçu chaleureusement par le président Ho Chi Minh.

Plus récemment, un autre cas de courage avéré, celui du père Riffard, qui, a 70 ans, avait décidé de mettre à la disposition de quelques sans-papiers, un local paroissial, dans un quartier de Saint-Etienne. Déboutés de leur demande d’asile, les 50 adultes et 25 enfants avaient pu bénéficier de cet hébergement temporaire leur évitant de se retrouver à la rue. Au départ, il accueillait même des réfugiés chez lui, dans son appartement mais rapidement celui-ci est devenu trop petit devant le nombre de réfugiés. Non content de mener une politique scandaleuse envers les demandeurs d’asile, l’Etat traque donc ceux qui viennent en aide à ces sans-abri. Ainsi, le père Riffard a été traîné devant les tribunaux. Une première fois relaxé, l’Etat a fait appel. Mardi 27 janvier, la Cour de Lyon s’est déclarée « incompétente » et a renvoyé l’affaire en correctionnelle, le père Riffard ayant selon elle, commis non pas une « contravention » mais un « délit ». Le représentant du parquet, n’a rien trouvé de mieux que de requérir une condamnation correspondant à 239 fois une amende 50 euros, pour ne pas avoir respecté un arrêté municipal de février 2013 ordonnant l'arrêt de l'hébergement dans ce bâtiment. Comment ne pas voir dans cet homme d’église une vertu que sa hiérarchie pontificale a perdue depuis des siècles ?

Ces gens-là sont pour moi, l’incarnation charnelle du courage. Courage gratuit, courage sans désir de faire fructifier leur acte, juste parce que fermer les yeux leur est impossible. Et ceux d’autant plus qu’ils savaient pertinemment que leur acte allait leur poser de sérieux problèmes dans un délai bref. C’est à mon avis bien plus vertueux que de parler dans un micro à Londres quand les ennemis sont sur les Champs Elysée.

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