Le génocide Arménien

Publié le par hugambrules

C’est assez fréquent, lorsque les empires entament la dernière phase de leur décadence, ils le font avec brutalité et horreur. L'empire ottoman n'a pas été une exception.

Les Ottomans ont perdu les Balkans et doivent affronter des courants nationalistes exigeant l'autonomie, voire l'indépendance. Les Arméniens sont des citoyens de seconde zone et luttent depuis le début des années 1870 pour l'égalité des droits avec les musulmans. Les ottomans y voient une menace pour le caractère islamique de l'empire et pour son existence même.

La victoire russe lors de la guerre de 1877-1878, associée à la crise financière que subit l'empire depuis 1873 et qui place celui-ci sous la quasi-tutelle fiscale des puissances occidentales suscitent des espoirs de libération chez les Arméniens. Lors du traité de San Stefano ils avaient été obligés de concéder une république arménienne sous domination du tsar. Mais les impérialismes français, allemands et surtout anglais s’inquiétèrent de la place avantageuse de la Russie dans la région, imposèrent l’annulation de ce traité pour le remplacer par celui de Berlin plus avantageux pour leur propre intérêt. Du coup, les turcs récupérèrent des territoires mais offrirent Chypre aux anglais.

En 1894, s'est produit ce que l'on pourrait appeler la première purification ethnique, 300 000 arméniens furent massacrés, pillés et violées, 100 000 autres partirent en exil. Jean Jaurès député socialiste (à l’époque ce mot-là, avait encore du sens) dénonça le massacre des populations arméniennes ainsi que l'indifférence du gouvernement français, qualifiée de « silence honteux » dans un discours à la Chambre des députés.

Au moment où la Première Guerre mondiale est sur le point d'éclater, les Arméniens sont conscients qu'ils courent le danger d'être pris entre l'enclume russe et le marteau ottoman. L’armée ottomane, qui s'est engouffrée sans préparation logistique en Transcaucasie, est écrasée par l'armée russe en janvier 1915, à Sarikamish. Enver Pacha accuse les Arméniens de la région de pactiser avec les Russes, ce qui est démenti par les observateurs sur place. Le 18 avril 1915, 60 000 arméniens sont massacrés dans la région de Van, berceau historique de l'Arménie.

Le 24 avril 1915 qui a été choisi pour dater le début du génocide et pour le commémorer, a vu ce jour-là l’arrestation de l’élite intellectuelle et politique des arméniens vivants en Turquie. Ensuite, l'opération se déroule dans les provinces orientales de façon similaire. Les notables sont systématiquement arrêtés au motif d'un prétendu complot, ensuite ils sont déportés puis massacrés. Les convois de déportés (1million de personnes et 306 convois) convergent vers Alep.

Après la révolution bolchevique d'octobre 1917, l'armée russe se retire du front anatolien car ils sont attaqués de toute part. Pendant ce temps-là, les autorités ottomanes tentent de conquérir le Caucase, un de leurs objectifs depuis le début de la guerre. Lorsqu'elles y entrent, à partir de mai 1918, elles se livrent à de nouveaux massacres d'Arméniens. Au final, sur les 2 millions d’arméniens que comptaient encore l’empire en 1915, les deux tiers allait être assassiné durant les trois ans qui suivirent.

La capitulation, en octobre 1918 de l’empire ottoman rendit de l’espoir aux survivants. Le traité de Sèvres accorde l’existence d’un état arménien sur une bonne partie orientale de l’empire ottoman. Mais face à la révolution bolchevique, la France et la Grande-Bretagne mirent sous le tapis ce génocide caressèrent la Turquie dans le sens du poil pour qu’elle serve de rempart contre les soviétiques. Du coup en 1923, la conférence de Lausanne annula les accords de Sèvres et on ne parla plus d’Arménie.

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