20 ans après les accords de DAYTON

Publié le par hugambrules

Il y a 20 ans, le 14 décembre 1995, étaient signés les accords restés sous le nom d’accords de Dayton, mettant fin à presque quatre années de carnage dans ce qui avait été la Yougoslavie. La guerre y fit 200 000 morts, essentiellement des civils, et plus de 4,5 millions de réfugiés et de personnes déplacées.

Cet État multiethnique avait été créé en 1918 sur les décombres des puissances centrales vaincues et sous la tutelle des puissances victorieuses. La monarchie serbe, alliée de la France, avait uni sous sa férule les Slaves du Sud (les Yougoslaves), Serbes, Croates, Slovènes, mais aussi Monténégrins, Bosniaques, Macédoniens, ainsi que de nombreuses minorités non slaves. Alors que les puissances impérialistes rivales avaient attisé des nationalismes locaux pour tenter de jouer les peuples les uns contre les autres, une certaine unité s’était forgée durant la Seconde Guerre mondiale dans le combat contre l’occupant nazi. Ce combat avait fait naître un nationalisme à l’échelle yougoslave mené par des partisans ayant à leur tête Tito et le PC. Après la guerre, cette unité fut maintenue sous la direction de Tito, qui préserva un relatif équilibre entre les six républiques de la Fédération yougoslave, dont chacune était censée regrouper un des principaux peuples du pays, ainsi que des minorités diverses. Mais la mort de Tito en 1980, laissant vacante la place de celui qui avait incarné cette unité, aiguisa les ambitions des bureaucrates qui s’étaient construit des fiefs dans leurs républiques respectives.

Dans un contexte de crise politique et d’une crise économique qui provoquait une montée des tensions sociales, dès 1987 un certain Milosevic, alors chef du Parti communiste de la république de Serbie, enfourcha les thèses nationalistes pour consolider et étendre son pouvoir. Dès cette période, Milosevic choisit de s’appuyer sur le nationalisme serbe pour affirmer son pouvoir, notamment au détriment de la population albanophone, majoritaire dans la province du Kosovo rattachée à la Serbie. Il trouva sa voie en se faisant le défenseur d’une Grande-Serbie. Dès lors, il ne cessa de jeter de l’huile sur le feu des oppositions nationalistes.

En juin 1991, la Slovénie proclama son indépendance vis-à-vis de la Fédération yougoslave, suivie par la Croatie, ce que les dirigeants serbes ne pouvaient accepter. Milosevic s’appuya sur des milices, mélanges de bandes de repris de justice et de fanatiques nationalistes, pour faire monter les tensions interethniques là où elles n’existaient pas. Les premiers incidents sanglants éclatèrent entre Serbes et Croates. L’armée fédérale, dominée par les Serbes, précédée ou suivie par ces groupes paramilitaires, occupa les parties de la Croatie qui comptaient d’importantes minorités serbes. Elle s’attaqua à Vukovar, assiégea Dubrovnik. Il y eut des morts, des villages vidés de leurs habitants, serbes d’un côté, croates de l’autre.

Ce fut une guerre que la population, quelle que soit sa nationalité, n’avait pas voulue. Trois mois plus tard intervint un cessez-le-feu provisoire. Les ennemis de la veille, le Serbe Milosevic et le Croate Tudjman, s’entendirent alors sur un objectif commun : se partager la Bosnie, une autre des républiques yougoslaves, qui s’apprêtait, elle aussi, à proclamer son indépendance. Les milices armées par les dirigeants nationalistes serbes, mais aussi croates et musulmans bosniaques, pratiquèrent chacune l’épuration ethnique creusant un fossé de haine entre des populations qui jusque-là avaient vécu ensemble.

Les rivalités entre grandes puissances se manifestèrent très vite. L’impérialisme allemand jadis s’était appuyé sur le nationalisme croate. Aussi, quand la Slovénie et la Croatie proclamèrent leur indépendance, l’Allemagne s’empressa de la reconnaître.

Lors des accords conclus à Dayton, dans l’Ohio, en novembre 1995, les solutions envisagées par les uns et les autres des représentants impérialistes n’avaient rien à voir avec le respect des droits des peuples. Ils sanctionnèrent un découpage aberrant de la république bosniaque, un charcutage entre Serbes, Croates et Musulmans, avec des déplacements et regroupements forcés de populations à grande échelle. La fin de la guerre ouverte fut certes un soulagement pour elles. Mais le grand capital ne peut que se satisfaire de cet émiettement des nations moyennes, leur emprise sur les entités restantes n'en est que plus grande.

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