Décentralisation et dilution

Publié le par hugambrules

Décentralisation et Dilution

Le 5 décembre prochain on va voter pour la nouvelle mouture des régionales. Autant le dire tout de suite ce découpage ne ressemble à rien de ce que l'histoire de France a connu ou que la géographie nous enseigne. Les objectifs étaient tout autre, plutôt politique et circonstanciel que visionnaire.

À comprendre le sens de la réforme, l'un des problèmes central est Ie fameux mille-feuille territorial, rendant l’administration beaucoup trop compliquée et surtout, bien trop coûteuse. À les écouter, avec cette réforme, on va résoudre la dette et relancer la croissance et peut être même stopper l'épidémie de Zika. Il faudrait donc supprimer certains échelons administratifs et en promouvoir d’autres. Ce serait juste un choix « technique » en quelque sorte, de simple bon sens…

De la révolution française nous avons (entre autre) hérité de trois niveaux de compétences : Un niveau local (les communes), un niveau national (l’État), et un échelon intermédiaire pour raccourcir la distance entre les deux (le département). Ce n’est que depuis les années 70/80 que sont venues s’ajouter des strates supplémentaires pour mieux dissoudre les principales.

La première cible fut la commune. Des tentatives de regroupements n’ont pas été acceptées, alors on a supprimé leurs moyens d'actions en les privant de leurs compétences que l'on a fait basculer en communautés de communes. La différence entre ces deux institutions est essentielle : l’administration de la Commune est compréhensible le maire est bien connu des habitants et ses réalisations sont bien visibles. Par contre, la communauté urbaine correspond à des contours mal défini, difficilement accessible, et ses réalisations sont mal identifiées.

Mais la commune n’est pas la seule cible. Les départements ont eux aussi leurs détracteurs. La création des entités douteuses que sont les régions illustrent parfaitement la volonté de déporter les lieux de décisions vers une sorte de tête à tête secret entre l’état et les représentants de l’économie. De plus les méga-régions n’assureront plus le transfert de richesses des départements les plus riches vers les autres puisque leur objectif sera de créer un pôle de compétitivité en suscitant la concurrence à outrance des territoires en lieu et place de la péréquation égalitaire.

Enfin la grosse entité à abattre reste l’État lui-même. L’Union Européenne a été justement inventée pour jouer contre l’État le même rôle que les communautés urbaines contre les communes : éloigner du peuple les décisions cruciales et rendre la critique inaccessible.

La situation est donc que, outre les communes, les préfectures et l’État, le capital, par le biais de nos élus, a créé l’Union européenne, les régions, les conseils généraux, les communautés de commune et autres communautés urbaines. Soit huit niveaux administratifs ! Et ceux-là mêmes qui ont inventé tout ça nous expliquent maintenant, la main sur le cœur, « que c’est beaucoup trop, qu’il faut simplifier ». Et donc digérer ce foutu mille-feuille ! Et devinez ce qu'ils trouvent superflu ? Les communes, le département et l’État, c’est-à-dire les organisations administratives qui sont pourtant à même de pouvoir rendre des comptes. Au lieu de ça, on nous vante les communautés urbaines, les régions et l’Europe. Bref, tout ce qui est utile à l’organisation du capital qui fera plus aisément main basse sur les marchés publics, qui pourra contourner l’échelon national qui influencera encore plus directement les décideurs, au besoin par la corruption, en drainant l’argent public vers des projets pharaoniques dénués d’intérêt. De plus ces strates supplémentaires ne font que contribuer à troubler les connivences entre les élus et dilue les responsabilités de chacun.

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